Pour un socialisme du bien vivre – Rafael CORREA

Le Grand Soi

Conférence faite en français à Marseille, par l’ancien président de l’Equateur

Pour un socialisme du bien vivre

Vendredi 25 août à Marseille, les AmFis d’été de la France insoumise accueillaient un invité exceptionnel en la personne de Rafael Correa, ex-président équatorien (2007-2017).

Voici l’intégralité de la conférence qu’il a prononcée, en français, sur “le socialisme du bien-vivre”. Il est également revenu sur son expérience à la présidence de l’Équateur et a analysé l’évolution politique de l’Amérique latine.
Son intervention s’est achevée dans un tonnerre d’applaudissements et sous les cris de “Correa amigo, el pueblo esta contigo” (’’Correa, notre ami, le peuple est avec toi’’).

INTRODUCTION

Après avoir vécu non seulement une crise économique, sociale et démocratique, fruit du fondamentalisme néolibéral, mais aussi une crise de leaders et d’idées, une grande partie de l´Amérique Latine a réussi à s´éloigner du joug des technocrates obséquieux et de l´orthodoxie aveugle qui nous a mené à la ruine. Nous avons eu l´audace de penser à nouveau par nous-mêmes, à repenser notre propre notion de « l´économique et de la politique ». C´est ainsi qu´a surgi le Socialisme du Bien Vivre.

Le socialisme du Bien Vivre se nourrit de la conjugaison réflexive de plusieurs socialismes : le classique, le scientifique, mais aussi le socialisme agraire d´Emiliano Zapata, le socialisme andin du péruvien José Carlos Mariátegui, la Doctrine Sociale de l´Eglise, de la Théologie de la Libération, ainsi que de la longue histoire marquée par les luttes émancipatrices de nos peuples.

Le socialisme du Bien Vivre ne se réduit pas à des modèles, mais se base plutôt sur des principes. Nous rejetons les recettes toutes faites et les dogmes. La pire des erreurs, surtout si la gauche est au gouvernement est d’agir en fonction de ses fixations mentales, de ses expectatives idéologiques et non pas en fonction de la réalité.

Nous partageons avec le socialisme traditionnel le besoin de l´action collective, de l’importance du rôle de l´État, de la défense de ce qui est public face au simplisme individualiste ; de la recherche permanente et fondamentale de la justice dans toutes ses dimensions, unique manière d´atteindre la vraie liberté ; de la suprématie de l´être humain sur le capital ; et de l´importance de générer des valeurs d’usage, c’est-à-dire, des biens publics nationaux et globaux.

Le socialisme du Bien Vivre est l´héritier de toutes les meilleures manifestations du socialisme traditionnel, mais s’y confronte aussi avec courage et esprit critique, sans crainte de pensée, les dogmes que l´Histoire s’est elle-même chargée d´enterrer.

L’ACTION COLLECTIVE ET LE RÔLE DE L’ÉTAT

Une des erreurs commises par la gauche traditionnelle a été celle de nier l’existence du marché. Les marchés sont une réalité économique. Mais il est sans doute bien différent de parler de sociétés AVEC un marché, que de sociétés DE marché, où les vies, les personnes et la propre société ne sont qu’une marchandise en plus.

La société ne peut pas exister en fonction des nécessités mercantiles, c’est le marché qui doit exister en fonction des nécessités sociales. Le marché est un magnifique serviteur, mais un très mauvais maître. C’est donc pour cela que sont indispensables l’action collective et un rôle adéquat de l’État pour gouverner le marché et le faire porter les fruits socialement désirés.

Voici ce que la droite traduit comme une limitation de la liberté. Pour eux, la liberté équivaut à la non intervention, alors que, pour nous, la liberté est la non domination. C’est- à- dire que nous cherchons à doter les individus de capacités et, en tant que société, à assumer le devoir de réguler les pouvoirs qui peuvent nous dominer.

Nous ne pouvons pas permettre qu’on nous vole le principe de liberté. Il n’est pas en contradiction avec la justice. De surcroît, dans des sociétés aussi inégales que les latino-américaines, c’est seulement à travers de la justice que nous arriverons à une vraie liberté.

Il est évident que tout est une question politique. La gauche doit revendiquer la politique. On nous présente la politique comme un monde nécessairement sombre, corrompu et méchant. Tout cela est une stratégie pour maintenir le statu quo et empêcher quelconque changement dans les relations de pouvoir. La satanisation du pouvoir politique en Amérique Latine est une stratégie pour immobiliser tout processus de changement, pour nous faire croire que nous n’avons pas besoin d’hommes politiques, mais seulement de managers.

Le développement est en essence, une question politique. C’est ensuite que viennent les questions techniques. Le problème fondamental réside dans qui détient le pouvoir dans une société : les élites ou les grandes majorités ? Le capital ou les êtres humains ? Le marché ou la société ?

Tout au long de son histoire, l’Amérique Latine a été dominée par des élites qui ont exclu les grandes majorités des bénéfices du progrès. Leur attitude rentière a même fait obstacle à un progrès majeur pour elles-mêmes. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, nous sommes dominés par les intérêts du grand capital, ce que j’appelle « L´empire du capital », particulièrement du capital financier.

C´est justement là que réside l’essence même de la Révolution Citoyenne : dans le changement des relations de pouvoir en faveur des grandes majorités. La transformation de l’État bourgeois dominé et au service d’une minorité, dans un État véritablement populaire, au service du bien commun et de l’intérêt général.


DÉCENNIE GAGNÉE

Grâce à ce changement dans les relations de pouvoir, nous avons réussi à atteindre en Équateur ce que nous appelons la « décennie gagnée », c’est à dire un pays totalement différent de celui que nous avons reçu en 2006.

Nous avons doublé la taille de l’économie. Malgré deux années extrêmement difficiles et la contrainte de ne pas avoir de monnaie nationale, nous avons atteint un taux de croissance supérieur à la moyenne de la région latino-américaine. Nous sommes passés du statut de pays de rente basse à un pays de rente moyenne. De même, nous sommes passés d’un développement humain moyen à un développement humain élevé. Selon des études internationales nous sommes le pays qui a su le mieux profiter du boom pétrolier.

D’après la Commission Économique pour l’Amérique Latine, des Nations Unies (CEPAL), nous nous trouvons aujourd’hui parmi les trois pays les moins inéquitables de l´Amérique du Sud, alors que 10 ans auparavant nous nous trouvions parmi les pays les plus inéquitables. Nous avons aussi réussi à réduire de 16,5 points de pourcentage la pauvreté multidimensionnelle – c´est-à-dire la définition la plus complète de la pauvreté – ce qui équivaut à 1,8 millions d’Équatoriens qui sont sortis de la pauvreté. Nous pouvons nous vanter d´avoir attaqué les causes structurelles de cette pauvreté et non pas de l´avoir maquillée. La pauvreté s´est notamment réduite grâce à la croissance économique mais surtout grâce à la redistribution des revenus. Lors de la décennie précédente, avec le néolibéralisme, la croissance économique a réussi à avoir un effet total de réduction de la pauvreté. Par contre, une plus grande concentration de la richesse a eu tendance à l’augmenter.

Le développement social a fait de grands pas en avant avec un système éducatif qui, d´après l´UNESCO est celui qui progresse le plus en Amérique Latine. En ce qui concerne l´infrastructure productive, nous sommes considérés comme le pays le plus avancé en voirie de la région, alors qu’auparavant nous étions parmi les pires. L’Équateur a réussi à atteindre la souveraineté énergétique. Aujourd’hui nous exportons de l’énergie, alors qu’avant nous en importions. De manière générale, nous avons une compétitivité systémique largement supérieure qu’il y a dix ans.

Nous avons aussi vécu une « décennie gagnée » en stabilité politique, en ce qui concerne l’institutionnalisation et l’efficacité de l´État et la solidité de notre démocratie. Avant notre gouvernement, nous avons connu 7 présidents dans l’espace de 10 ans, et aucun des 3 présidents élus n’a réussi à finir son mandat.

Le 24 mai 2017, lorsque j’ai laissé la Présidence de la République de l’Équateur, pour la première fois en vingt ans, un président élu passait le pouvoir à un autre président légitimement élu.

LA TEMPÊTE PARFAITE

Lors des deux dernières années nous avons souffert ce que j’appelle la « Tempête parfaite » : le crash des exportations et une simultanée appréciation du dollar, monnaie d’utilisation nationale, combinaison qui détruit l’économie. Les dépréciations de la monnaie dans nos pays voisins ont atteint jusqu’à les 80% comme fut le cas de la Colombie, mais il nous a été impossible de répondre monétairement puisque nous n’avons pas de monnaie nationale.

Fin 2016, notre total d’exportations fut équivalent à 64% de la valeur correspondante en 2014, ce qui signifie une réduction d’à peu près 10 milliards de dollars, plus de 10% du PIB.

En ce qui concerne le niveau fiscal nous avons perdu près de 12,5% du PIB de revenus nets car nous avons été menés, pour la première fois dans notre histoire, à transférer des ressources fiscales pour que les entreprises pétrolières publiques ne fassent pas faillite. Nous avons aussi dû subir des verdicts légaux en faveur d´entreprises transnationales de pétrole, qui nous ont obligés à payer une sanction supérieure à 1% de notre PIB en quelques mois. Finalement nous avons fait face à la plus grande tragédie du pays depuis ces soixante-dix dernières années avec le tremblement de terre de 7,8 sur l’échelle de Richter, qui a secoué nos côtes le 16 avril 2016 et qui a coûté la vie de centaines de nos compatriotes ; réduisant les chiffres de croissance de 0,7% et produisant ainsi des pertes de plus de 3% du PIB. Ce séisme a eu plus de 4000 répliques, quelques-unes d’entre elles de plus de 6 sur l’échelle de Richter, c’est-à-dire comparables avec le tremblement de terre qui a détruit en août de l’année dernière la ville italienne d´Amatrice.

Jamais dans l´histoire de mon pays, nous n´avions cumulé autant de chocs externes négatifs en si peu de temps.

Peu avant le tremblement de terre, le Fond Monétaire International prévoyait un décroissement de 4,5%. Finalement nous avons réussi à terminer l´année 2016 avec 1,5% de décroissance. Le premier trimestre de 2017, l´économie de l´Équateur a crû de 2,6%, ce qui signifie que nous avons surmonté la récession en un temps record et avec des coûts minimes.

Lénine disait que la politique est de l´économie concentrée. Il est vrai que la politique dépend fortement de l´économie. Cependant, nous avons tellement fait ces dix dernières années que nous avons quand même réussi à gagner les élections dans un contexte de récession.

Le poids des mesures que nous avons dû prendre pour protéger le secteur externe et pour financer la reconstruction des zones dévastées par le tremblement de terre, sont tombées sur les plus riches. Lors des deux dernières années, malgré la décroissance économique, il n’y a pas eu d’augmentation des inégalités ni de la pauvreté, ce qui est inédit en Amérique Latine.

La droite et l´opposition à notre gouvernement ont argumenté que le succès du modèle équatorien est dû au boom des commodités, ce fameux boom qui aujourd’hui n´est plus une réalité.

Il est clair qu´il est plus facile de gouverner pendant les époques d´expansion que de récession, mais malgré cela, le modèle socialiste a eu plus de succès dans les deux cas. Le système de protection sociale mis en place lors de la dernière décennie, comme par exemple la santé gratuite, l´éducation gratuite, l´Université gratuite, et l´allocation chômage, ont défendu les droits des plus vulnérables pendant ces dures années.

RESTITUTION DU CONSERVATISME

Pendant ce temps-là, que se passait- il au niveau régional ?

Une fois passée la longue et triste nuit néolibérale des années quatre-vingt-dix, qui a plongé dans la faillite plusieurs nations dont l´Équateur, et à partir du moment où Hugo Chavez a gagné les élections au Venezuela en 1998, les gouvernements de droite et soumis aux pouvoirs de toujours, ont commencé à tomber comme des châteaux de cartes, laissant place, tout au long de notre Amérique, aux gouvernements populaires du socialisme du Bien Vivre.

Lors de son apogée en 2009, des 10 pays qui composaient l´Amérique du sud, 8 d´entre eux étaient gouvernés par la gauche, en plus de El Salvador, avec l´arrivée du Front Farabundo Martí, le sandinisme au Nicaragua, Manuel Zelaya en Honduras et Alvaro Colom en Guatemala.

Dans des pays comme El Salvador, le Guatemala, ou le Paraguay avec Fernando Lugo, ce fut la première fois dans leur histoire que la gauche arrivait au pouvoir, dans ce dernier cas mettant fin à plusieurs siècles de bipartisme.

En mai 2008 nait l´UNASUR, Union des Nations Sud-Américaines, et, en février 2010 se crée la CELAC, Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes, avec 33 membres. Des 20 pays latins qui composaient la CELAC, 14 d´entre eux étaient gouvernés par la gauche, c´est à dire 70 %.

La première partie du 21ème siècle fait sans doute partie des « années gagnées ». Les progrès économiques, sociaux et politiques ont été historiques et ont surpris le monde entier. Et tout ceci dans un environnement de souveraineté, de dignité, d´autonomie, et de présence dans la région mais aussi dans le monde entier.

Il est évident que cette situation a joui d´une conjoncture mondiale favorable en ce qui concerne les prix des matières premières, base des exportations sud-américaines. La grande différence est que cette richesse a été réinvestie pour le Bien Vivre de nos peuples.

L´Amérique Latine n’a pas vécu une époque de changements, mais plutôt un véritable changement d’époque, qui a aussi bouleversé substantiellement l´équilibre géopolitique de la région. C’est pourquoi, il était indispensable pour les pouvoirs factuels et les pays hégémoniques, de mettre fin à ces processus de changement.

En 2002, le gouvernement d’Hugo Chavez a déjà dû supporter une tentative de coup d´État. Depuis 2008, la droite a intensifié ses tentatives anti-démocratiques d´en finir avec les gouvernements progressistes, comme en Bolivie en septembre 2008, au Honduras en 2009, en Équateur en 2010 et au Paraguay en 2012. Toutes ces atteintes à la démocratie ont été contre des gouvernements de gauche, et deux ont abouti, au Honduras et au Paraguay.

Peu à peu, les réactions de droite se sont consolidées, avec une stratégie et collaboration internationale, avec la complicité des médias, et surtout en tirant profit des circonstances économiques adverses à partir de la deuxième moitié de 2014.

Il ne s´agit plus seulement d´une tentative de restitution du conservatisme, comme je les ai appelées deux ans auparavant, par rapport aux coalitions de la droite jamais vues et qui jouissaient d´un soutien international, avec des ressources illimitées, bénéficiant de financement externe, etc., ce qui a pu être constaté dans les élections locales à Quito. Mais au moins, dans ce cas-ci, la voie démocratique a été utilisée. Aujourd’hui la réaction s’est approfondie et a perdu toutes limites et scrupules. Nous sommes face à un nouveau « Plan Condor ». Quarante ans auparavant, sa cible était la jeunesse qui croyait en un monde meilleur et s´opposait à la brutalité des dictatures militaires financées par le pays du Nord. Aujourd’hui, ses cibles sont les gouvernements progressistes de la région.

C´est pour cela que nous souffrons aujourd’hui du harcèlement et du boycott économique de notre chère Venezuela, du coup d´État parlementaire au Brésil, et de la judiciarisation de la politique comme nous le prouvent les cas de Dilma Roussef, Lula Da Silva et Cristina Fernandez de Kichner, et, plus récemment, même de l´Equateur.

Les tentatives de destruction de l’UNASUR et de neutralisation de la CELAC, tentant de faire revivre la moribonde Organisation de États Américains, son évidentes, et souvent, effrontées. Ne parlons même pas de ce qui se passe actuellement pour le Mercosur. Même l´échec sonnant de l´ALCA au début du siècle tente d´être surmonté par la nouvelle Alliance du Pacifique.

En Amérique du Sud, actuellement, il ne reste que quatre gouvernements qui peuvent se qualifier comme progressistes. Je ne peux même plus compter parmi eux l´Équateur, à cause de tout ce qui se passe en ce moment dans ma Patrie.

Les difficultés économiques des pays comme le Venezuela ou le Brésil sont présentées comme des exemples du supposé « échec » du socialisme, alors que l’Uruguay, gouverné par la gauche, est le pays le plus développé au Sud du Rio Bravo, ou alors même que la Bolivie jouit des meilleurs indicateurs macro-économiques de toute la planète.

La droite veut revenir à tout prix et elle a la soif de vengeance, après dix ans de défaites successives.

Nous sommes peut-être les victimes de notre propre succès. Selon la CEPAL, pendant ces dix dernières années, presque 94 millions de personnes sont sorties de la pauvreté et font partie maintenant de la classe moyenne régionale. Ceci peut être sans aucun doute attribué aux politiques des gouvernements de gauche.

Au Brésil, 37,5 millions de personnes sont sorties de la pauvreté entre 2003 et 2013, et font aujourd’hui partie de la classe moyenne. Néanmoins, ces millions de personnes ne se sont pas mobilisées lorsqu´un parlement accusé de corruption a destitué la Présidente légitimement élue, Dilma Roussef.

Nous sommes aujourd’hui face à des personnes qui ont surmonté la pauvreté et qui maintenant, malgré l´amélioration de leurs conditions de vie, demandent encore plus, et se sentent pauvres, sans prendre comme référence ce qu’ils ont, et encore moins ce qu’ils avaient, mais plutôt ce à quoi ils aspirent. Nous appelons ce phénomène « prospérité objective et pauvreté subjective ». Ces personnes se laissent ainsi facilement emporter par les chants de sirène d´une droite qui, avec la complicité des médias, offre à tout le monde, un style de vie à la new-yorkaise.

ATTAQUES

La nouvelle droite accuse les gouvernements progressistes d’être « idéologiques » et de manquer de technique lors de la gestion du développement national. Soit ils dissimulent soit ils ne comprennent pas que le développement est fondamentalement un problème politique, où l´orientation de la politique publique est nettement idéologique et, dans notre cas, cherche la priorité du public, c´est- à- dire, des grandes majorités.

Il est flagrant de voir comment le marketing et le discours bien ficelé de la nouvelle droite cherchent des indéfinitions politiques, ses représentants n´apparaissent pas comme des leaders politiques, mais plutôt comme des PDG qui ont réussi dans le monde de l´entreprise.

Mais ce sont les médias qui assument aujourd’hui le rôle des principaux partis d´opposition. Maintenant, se sont eux les vrais représentants du pouvoir politique entrepreneurial et conservateur.

La relation qui lie les capitaux des médias au secteur financier et des affaires est scandaleuse. Lorsque je suis arrivé au gouvernement, parmi les 7 chaînes nationales de télévision, 5 étaient sous la propriété du secteur banquier. Il n’existait même pas de télévision publique.

Nos démocraties doivent s’appeler des démocraties médiatisées, parce que les médias sont un élément plus important du processus politique, que les partis politiques et les systèmes électoraux. En effet, ils ont substitué à l’État de droit l’État d’opinion. Peu importe quel ait été le programme présenté pendant la campagne électorale et ce que le peuple, le souverain de toute démocratie, ait décidé dans les urnes. Ce qui compte réellement c’est ce qu’approuvent ou désapprouvent dans leurs titres quotidiens les médias.

Bien que cela soit un problème planétaire, compte tenu des monopoles médiatiques détenus par une poignée de familles, le problème est encore plus sérieux en Amérique Latine. Les médias montrent d´importantes lacunes éthiques et professionnelles, et une insolente participation en politique.

Le débat devrait poser la question si une société peut être réellement libre lorsque la communication, et particulièrement l´information, est fournie par des entreprises privées, à but lucratif.

C´est un pouvoir sans aucun contre-pouvoir, mais personne n´ose parler de cela, par crainte d´être stigmatisé comme un ennemi de la liberté de presse, bien que, depuis que la presse est apparue, la liberté de presse n´est rien d`autre que la volonté du propriétaire de l’imprimerie.

On accuse aussi nos gouvernements d´être « populistes », un concept assez flou qui est souvent associée avec la démagogie, l´irresponsabilité et l´absence de technique, et qui sert finalement à définir tout ce qui s´éloigne de la logique du marché et des canons des démocraties libérales occidentales.

On confond souvent ce qui est populaire avec le populisme. Dans le cas de mon gouvernement, il a été très populaire mais il fut aussi un des gouvernements les plus techniques de l´histoire de mon pays.

La double morale internationale est aussi impressionnante : si Angela Merkel cherche sa réélection en Allemagne, cela est qualifié comme une démocratie mûre et avec une grande capacité de leadership. Par contre, si un dirigeant politique latino-américain fait la même chose, ceci est qualifié de dictatorial et d´autoritaire.

Finalement nous pouvons dire que la soi-disant « lutte contre la corruption » est devenue un outil efficace pour détruire les processus politiques progressistes et populaires de notre Amérique. Le cas le plus emblématique est celui du Brésil, où une opération politique très bien ficelée a abouti à la destitution de la présidente Dilma Roussef après quoi, il a été démontré qu´elle n´était pas du tout coupable de ce dont on l´accusait. En ce moment, en Équateur, le même scénario du Brésil est en marche pour écarter le Vice-Président de la République du pouvoir.

Et bien sûr, on dit toujours que la corruption est de la faute de l´État. On parle maintenant aussi d´une confrontation entre la société civile et l´État, la première qualifiée de bonne et le second de mauvais, alors que l´État n´est autre chose que la représentation institutionnalisée de la société.

Qui peut s’opposer à une vraie lutte contre la corruption ? Ce fut justement une de nos principales luttes pendant les dix dernières années, et nous avons mis fin à une corruption institutionnalisée qui existait auparavant. Mais la soi-disant lutte anti-corruption dirigée par la droite et par les médias est tout à fait fausse et est utilisée comme un instrument d´attaques politiques, à l’image de ce qu’a été l’utilisation de la lutte contre le trafic de drogues dans les années 90, ou de la lutte contre le communisme. Pour parler d´une vraie lutte contre la corruption il suffirait par exemple d´interdire les paradis fiscaux, où est finalement concentrée toute la corruption que nous avons dû affronter.

On nous parle d´un manque de contrôle, d´une certaine acceptation des systèmes de corruption. Mais je me demande : quel type de contrôle permet de détecter un pot de vin payé sur un compte secret dans un paradis fiscal ?

En Équateur, les contrôles sont si stricts qu´il est obligatoire de déclarer l´origine des virements de plus de 10 000 dollars. Par contre, dans les paradis fiscaux, il est possible de déposer des millions, sans que personne ne contrôle rien du tout.

La réalité est donc bien différente. On peut citer aussi le cas d´Odebrecht, une entreprise de construction du Brésil qui a mis en place toute une structure de corruption dans 12 pays. On constate donc que la corruption, en grande partie, vient aussi du secteur privé. Dans des pays comme l´Allemagne, jusqu´à il n´y a pas si longtemps, les entreprises pouvaient même déduire de leurs impôts les pots de vin versés dans nos pays !

Il existe donc encore une énorme hypocrisie dans le monde à propos de la lutte contre la corruption.

Sur ce, il est important de signaler que l´Équateur est le premier pays du monde qui a approuvé au travers d´un referendum, une loi qui empêche aux fonctionnaires d´effectuer des opérations de n´importe quel type dans des paradis fiscaux. Mais bien que l´utilisation de ces endroits pour cacher de l´argent illégalement accumulé soit maintenant interdite, ils continuent à exister.

CONCLUSIONS

Chers compagnons :

Ce sont des temps difficiles pour l´Amérique Latine, mais pas terribles. Nous ne sommes plus la gauche du 3% de voix. Nous sommes aujourd’hui une gauche avec une vocation à gouverner et qui a fait preuve d´importants succès.

Néanmoins, il est clair qu´il existe un retour du conservatisme, d´une droite nationale et internationale qui a vaincu son étourdissement de plus de dix ans de défaites politiques. Aujourd’hui cette droite s’est construit un nouveau discours, une nouvelle articulation, possède des ressources illimitées, elle détient le monopole des médias et profite des inévitables problèmes liés au pouvoir, comme le changement de cycle économique et des cas isolés de corruption.

Que peut-on faire face à tout cela ? Il ne nous reste qu´un seul chemin : je cite le grand Simón Bolívar, alors qu´il se retirait du Pérou soi-disant vaincu et victime de l´ingratitude.

Que peut-on faire face à tout cela ? Vaincre !

Hasta la victoria siempre !

Rafael CORREA
Marseille, 25 août 2017.

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Macron – O Fim da Soberania e da Identidade da França – Thierry Meyssan

Prononçant un discours fondateur devant les plus hauts diplomates français, le président Macron a révélé sa conception du monde et la manière dont il entend utiliser les outils dont il dispose. Selon lui, il n’y a plus de souveraineté populaire, ni en France, ni en Europe, donc pas de démocraties nationales ou supra-nationale. Il n’y a plus non plus d’Intérêt collectif, de République, mais un catalogue hétéroclite de choses et d’idées composant des biens communs. Décrivant leur nouveau travail aux ambassadeurs, il les a informés qu’ils ne devraient plus défendre les valeurs de leur pays, mais trouver des opportunités d’agir au nom du Léviathan européen. Entrant dans le détail de certains conflits, il a décrit un programme de colonisation économique du Levant et de l’Afrique.

 | DAMAS (SYRIE) | 5 SEPTEMBRE 2017 

Participant à la traditionnelle semaine des ambassadeurs, le président Macron a prononcé son premier discours général de politique étrangère depuis son arrivée au palais de l’Élysée [1]. Toutes les citations entre guillemets de cet article en sont extraites. Le président n’a pas dressé de paysage des relations internationales actuelles, ni expliqué le rôle qu’il conçoit pour la France dans le monde, mais la manière dont il entend utiliser cet outil.

Selon lui, la France n’a pas été capable de s’adapter aux changements du monde depuis 1989, la chute du Mur de Berlin, la dissolution de l’Union soviétique et le triomphe de la globalisation états-unienne. Pour reconstruire le pays, il serait absurde de vouloir revenir à l’ancien concept de souveraineté nationale. Au contraire, il faut avancer en s’emparant des leviers disponibles. C’est pourquoi, aujourd’hui : « Notre souveraineté, c’est l’Europe ».

Certes, l’Union européenne est un monstre, « un Léviathan » [2]. Elle n’a pas de légitimité populaire, mais devient légitime lorsqu’elle protège ses ressortissants. Dans son format actuel, elle est dominée par le couple franco-allemand. Lui, Emmanuel Macron, et la chancelière Angela Merkel peuvent donc, ensemble, la gouverner. Ainsi a-t-il pu se rendre en Pologne, en sa qualité de président français, et, avec l’accord de sa partenaire allemande qui ne pouvait se permettre d’agresser la Pologne au regard de l’Histoire, y parler en tant que représentant implicite de l’Union, y insulter le Premier ministre, lui rappeler qu’elle n’est pas souveraine et la faire rentrer dans le rang européen.

D’ores et déjà, avec la chancelière, il a décidé d’agir dans quatre domaines :
- la protection des travailleurs ;
- la réforme du droit d’asile et la coopération européenne en matière migratoire ;
- la définition d’une politique commerciale et d’instruments de contrôle des investissements stratégiques ;
- le développement de l’Europe de la Défense.

Ces objectifs déterminent évidemment les politiques nationales de chacun des États membres, y compris la France. Par exemple, les ordonnances que son gouvernement vient de prendre sur la réforme du Code du Travail posent les limites minimales de la protection des travailleurs conformément aux instructions arrêtées depuis longtemps déjà par les fonctionnaires de Bruxelles. La coopération européenne en matière migratoire fixera les seuils d’hospitalité permettant de faire fonctionner l’industrie allemande [3], tandis que la réforme du droit d’asile fixera la capacité d’accueil de la France au sein de l’espace Schengen. L’Europe de la Défense permettra d’unir les armées de l’Union et de les intégrer collectivement aux ambitions de l’Otan.

Pour faire avancer plus rapidement l’Union européenne, la France et l’Allemagne organiseront des coopérations renforcées sur différents thèmes, en choisissant leurs partenaires à la carte. On conservera alors le principe de décision à l’unanimité, mais uniquement entre États présélectionnés comme étant déjà d’accord entre eux.

La cohésion de cet ensemble sera maintenue autour de quatre valeurs communes :
- « la démocratie élective et représentative,
- le respect de la personne humaine,
- la tolérance religieuse et la liberté d’expression,
- et la croyance au progrès ».
« La démocratie élective et représentative » ne s’appliquera qu’au niveau local (communautés de communes et régions administratives, les communes et les départements étant appelés à disparaître) puisqu’il n’y a plus de souveraineté nationale.
« Le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté » devront être compris au sens de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et non plus à celui de la Déclaration de 1789 pourtant placée en préambule de la Constitution.
« La croyance au progrès » permettra de mobiliser les ressortissants européens dans une période où chacun voit des pays aisés, au Moyen-Orient élargi, soudain rasés de la carte et renvoyés à l’âge de pierre.

La méthode Macron

La France devra utiliser l’outil européen pour s’adapter au « monde multipolaire et instable ». Étant entendu qu’il n’est pas question de rétablir l’alliance franco-russe que le président Sadi Carnot et l’empereur Alexandre III conclurent car l’Union européenne est le volet civil de l’Alliance militaire atlantique, il ne sert à rien de fonder la diplomatie française sur l’Histoire ou des valeurs.

Il convient au contraire de jouer le rôle de « contrepoids » afin de maintenir « les liens avec les grandes puissances dont les intérêts stratégiques divergent ». Comprenez bien, le président ne parle pas des intérêts qui divergent entre d’un côté les États-Unis et de l’autre la Russie et la Chine, mais de maintenir les liens que ces deux grandes puissances doivent entretenir avec les États-Unis.

« Pour cela il nous faut (…) nous inscrire dans la tradition des alliances existantes et, de manière opportuniste, construire des alliances de circonstances qui nous permettent d’être plus efficaces ». Le rôle des diplomates n’est donc plus de défendre à long terme les valeurs de la France, mais de flairer à court terme les opportunités, les bons coups à faire.

« La stabilité du monde »

Ce cadre de travail européen et cette méthode étant posés, la fonction de la diplomatie française sera à la fois d’assurer la sécurité des Français en participant à « la stabilité du monde », et de gagner de l’influence en défendant « les biens communs universels ».

Puisque depuis la chute du Mur de Berlin et la fin de la souveraineté nationale, il n’y a plus d’ennemi conventionnel, la France n’a plus besoin d’armée pour défendre son territoire. Par contre, elle doit faire face à un ennemi non-conventionnel, le « terrorisme islamiste », qui exige d’elle à la fois une police omniprésente et une armée de projection capable d’intervenir dans les foyers de terrorisme à l’étranger : la Syrie et l’Irak d’un côté, la Libye et le Sahel de l’autre. C’est évidemment ce changement d’objectif, et non pas une question budgétaire, qui a conduit le président Macron à limoger le chef d’état-major des armées. Il reste à réformer la police.

La France continuera à protéger ses ressortissants musulmans tout en maintenant dans son discours un lien entre l’idéologie politique islamiste et la religion musulmane. Elle pourra de la sorte continuer à surveiller la pratique du culte musulman, l’encadrer, et de facto influer ses fidèles.

La lutte contre le terrorisme, c’est aussi l’asséchement de son financement, que la France poursuit au travers de nombreuses institutions internationales ; étant entendu que, du fait « des crises régionales et des divisions, des divisions en Afrique, et des divisions du monde musulman », certains États participent secrètement à ce financement. Or, premièrement le terrorisme n’étant pas des hommes mais une méthode de combat, et secondement les actions terroristes étant considérablement mieux financées depuis que l’on prétend l’interdire, il est évident que ce dispositif a été mis en place par Washington non pas contre les Frères musulmans, mais contre l’Iran. Bien que cela n’ait apparemment aucun rapport avec le financement du terrorisme, le président Macron aborde alors la question de l’antagonisme saoudo-iranien, pour prendre le parti de l’Arabie saoudite et condamner l’Iran.

Depuis les attaques de Daesh contre « nos intérêts, nos vies, notre peuple », la paix en Irak et en Syrie constitue « une priorité vitale pour la France ». D’où le changement de méthode en cours depuis le mois de mai : certes, Paris « avait [été] mis à l’écart » des négociations d’Astana, mais il fait aujourd’hui « avancer concrètement la situation » en discutant, un à un, avec les participants des réunions Astana. Il les a convaincus d’adopter l’objectif fixé de longue date par le président Obama : l’interdiction des armes chimiques et l’accès humanitaire aux zones de conflits. Enfin, la France a créé un « groupe international de contact » qui se réunira à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu autour de Jean-Yves Le Drian. Le retour de la Syrie à l’état de Droit « devra s’accompagner de la justice pour les crimes commis, notamment par les dirigeants de ce pays ».

Le président Macron opère ainsi un retour en arrière par rapport à ses déclarations précédentes. il ne s’agit plus comme il l’avait laissé entendre lors d’une interview au JDD, d’accepter la République arabe syrienne et de l’épauler contre Daesh, mais au contraire de poursuivre le double jeu antérieur : utiliser le prétexte humanitaire pour continuer à approvisionner les jihadistes en armes contre Damas. L’annonce du jugement des dirigeants syriens équivaut à celle de la défaite de la République arabe syrienne, puisque jamais, absolument jamais, un État n’a jugé pour crime de guerre des généraux victorieux. Le président Macron ne précise pas quel tribunal devra juger ces dirigeants, mais sa formulation renvoie au plan du directeur des Affaires politiques de l’Onu, Jeffrey Feltman, qui prévoyait dès 2012 (c’est-à-dire avant la guerre généralisée) la « condamnation » de 120 dirigeants syriens ; un plan qui avait été rédigé sous la direction d’un fonctionnaire de Madame Merkel, Volker Perthes [4].

Concernant la Libye et le Sahel, le président Macron a rappelé son initiative de La-Celle-Saint-Cloud, au cours de laquelle il a rapproché le « Premier ministre libyen » Fayez Sarraj et le « chef de l’armée nationale libyenne » Khalifa Haftar ; sommet où il avait assuré les deux hommes du soutien de l’Union européenne à la conditions qu’ils passent par pertes et profits la mystérieuse disparition de 100 milliards de dollars du Trésor national libyen [5].

La première conséquence du renversement de la Jamahiriya arabe libyenne fut la déstabilisation du Mali, pays dont elle subventionnait très largement l’économie [6]. Il s’est alors divisé en deux : d’un côté les sédentaires bantous, de l’autre les nomades touaregs. L’intervention militaire française a prit acte de ces faits et a stoppé leurs conséquences immédiates sur les civils. Le G5-Sahel a été créé par la France pour stopper les conséquences de la guerre contre la Libye et prévenir l’affrontement entre noirs et arabes que seul Mouamar Kadhafi était parvenu à contenir. L’alliance pour le développement du Sahel vise, quant à elle, à remplacer —avec de bien plus faibles moyens— le programme d’aide au développement que la Libye avait développé dans cette région. L’ensemble de ces mesures assurera la stabilité de cette partie de l’Afrique jusqu’à ce que, dans une dizaine d’années, le Pentagone mette en œuvre son plan d’extension du chaos au continent noir [7].

Le président Macron évoque la déclaration commune qu’il vient de faire adopter par des partenaires d’Afrique et d’Europe instituant des bureaux d’immigration européens sur le continent africain. Il s’agit de trier au départ les migrants qui seront acceptés par l’Union et d’en finir avec les parcours de l’exode. « Les routes de la nécessité doivent devenir des chemins de la liberté » ; une formule qui résume la pensée présidentielle : l’Afrique, c’est la nécessité, l’Europe, c’est la liberté.

Pour Emmanuel Macron, « rétablir la sécurité » en Afrique passe par les trois D : « Défense, Développement et Diplomatie », c’est-à-dire la présence de l’armée de projection française, les investissements français et l’administration française ; le programme classique de la colonisation économique.

La défense des biens communs

Loin de négliger l’atout que représentent la francophonie et le tourisme, le président Macron y a consacré de longs développements. À ce sujet, il a impulsé l’idée de profiter du système juridique français pour étendre l’influence du pays. Ce faisant, il reprend à son compte la « doctrine Korbel », selon laquelle la manière dont un traité est rédigé étend l’influence du pays qui en a conçu les concepts ; doctrine appliquée par sa fille, Madeleine Albright, puis par sa fille adoptive, Condoleezza Rice, pour transcrire en droit anglo-saxon les traités internationaux.

Le premier bien commun, c’est la planète.

Ce discours a été prononcé durant la « semaine des ambassadeurs » au cours de laquelle le président est venu expliquer à son personnel que, désormais la fonction première de son administration était la diplomatie économique. Lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius avait eu l’idée de mobiliser le réseau diplomatique français pour développer les exportations. Il avait pour cela créé Business France, un établissement public à la tête duquel il avait placé Muriel Pénicaud. Celle-ci utilisa l’argent public qui lui était confié pour lancer la campagne électorale d’Emmanuel Macron à l’étranger, ce qui lui vaut des démêlés actuels avec la Justice. Elle est aujourd’hui ministre du Travail et a rédigé les ordonnances fixant la « protection des travailleurs ». Laurent Fabius quant à lui, est devenu président du Conseil constitutionnel. C’est à ce titre —et en violation du rôle que lui attribue la Constitution— qu’il a rédigé un Pacte pour l’environnement que le président Macron présentera aux Nations Unies.

Le deuxième bien commun, c’est la paix.

À travers « l’Europe de la Défense », le président Macron entend « donner un nouveau souffle » à l’Otan. L’Alliance vise en effet à la promotion de « la paix » comme on le voit en Afghanistan, en Irak, en Libye, en Syrie et en Ukraine.

Le troisième bien commun, ce sont la Justice et les libertés

Le président Macron, qui avait préalablement évoqué les valeurs communes de l’Union européenne que sont « le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté d’expression », assure désormais que « la place des femmes, les libertés de la presse, le respect des droits civils et politiques » sont des valeurs universelles. Il n’a malheureusement pas précisé la distinction qu’il opère entre celles qui sont européennes et celles qui sont universelles. Bien qu’il se pique de philosophie depuis sa rencontre avec Paul Ricoeur, il semble ne pas avoir réfléchi à la philosophie politique et confond dans son discours le Droit humanitaire avec les Droits de l’homme, et à ce propos leur signification anglo-saxonne (protection de l’individu face aux abus de l’État) et leur signification française (responsabilités des hommes, des citoyens et de la Nation).

Le quatrième bien commun, c’est la culture.

Le président Macron avait déclaré durant sa campagne électorale qu’il n’y a pas de culture française, mais de la culture en France. Identiquement, il ne conçoit pas la culture en général comme un développement de l’esprit, mais comme un ensemble de biens marchands. C’est pourquoi, il poursuivra l’œuvre de son prédécesseur pour la protection des biens culturels, et pas des gens, sur les théâtres de guerre.

Conclusion

Il faudra beaucoup de temps pour tirer toutes leçons de la vision du monde du président Macron.

Le point le plus important reste que, selon lui, le temps de la souveraineté populaire est passé aussi bien pour les Français que pour les Européens en général. L’idéal démocratique peut se poursuivre au niveau local, mais est vide de sens au niveau national.

Secondairement, sa conception du Bien commun (res publica), auquel tous les régimes politiques —qu’ils soient monarchique, impérial ou républicain— furent attachés, semble également d’un autre temps. Dans leur optique, il s’agissait de servir —ou de prétendre servir— un intérêt collectif. Certes, Emmanuel Macron évoque la Justice et les libertés, mais c’est pour immédiatement placer ces nobles idéaux au même niveau que des objets, comme la Terre et les produits culturels marchands, et un déshonneur, la vassalité à l’Otan. Il semble donc que la République aussi soit morte.

À l’issue de cet exposé, l’auditoire a chaleureusement applaudi. Ni la presse nationale, ni les leaders d’opposition n’ont émis d’objection.

Louçã e o Trotksismo do Bloco (dito) de Esquerda – Miguel Tiago

     28.Ago.17     Outros autores

Com o desassombrado de sempre, Miguel Tiago mostra neste artigo como a promíscua teia de cumplicidades entre Louçã-Bloco de Esquerda e a comunicação social reinante se articulam no tratamento e manipulação das ««circunstâncias, em que os factos objetivos têm menos influência na formação de opinião pública do que os apelos emocionais e as opiniões pessoais».

No dia 12 de Julho, o BE apresentou na Assembleia da República um voto de condenação e repúdio pela discriminação contra a comunidade cigana na Freguesia da Cabeça Gorda. De nada valeu que, pela altura da apresentação do voto, já a Freguesia da Cabeça Gorda tivesse esclarecido que o enterro do homem da comunidade cigana não se podia realizar no cemitério local pelo simples motivo de que existia um regulamento que o impedia, dado o facto de ali não ter pertença, nem morada passada ou presente.

Ora, o BE sabia que a impossibilidade de fazer o enterro no cemitério da Cabeça Gorda se devia, portanto, a um conjunto de factores, dos quais nenhum se relacionava com a etnia do cidadão. Ainda assim, pensou que seria mais um daqueles casos em que vale a pena ir a jogo contra o PCP – já que a autarquia da Cabeça Gorda é gerida pela CDU – e parece que estou a ver o Sr. Louçã lá na sua caverna a mandar umas linhas de intervenção para o Grupo Parlamentar que será sempre seu e a ponderar que já que o terreno é inclinado a seu favor, até a mentira pode ser recurso. Isto porque, para o BE, nas lutas que abre contra o PCP, o caminho está sempre facilitado. O BE sabe bem que a comunicação social tomará sempre o seu partido, o que é natural e não merece queixume mas sim denúncia, pelo simples motivo de que os óculos com que ambos olham para a sociedade são os mesmos. BE e comunicação social dominante usam os óculos da burguesia, da classe dominante, para descrever, interpretar e agir sobre os fenómenos. Falam a mesma língua e movem-se no seio da mesma classe, servindo-a portanto.

Ficaram o PCP e o PEV sozinhos na Assembleia da República a explicar a situação da freguesia da Cabeça Gorda, enquanto que os jornais e o BE se deliciavam com os títulos: “PCP vota contra a condenação da discriminação da comunidade cigana.”

Uns tempos antes, também pela mão do BE, todos estaremos recordados, chega ao Parlamento um voto de condenação pela existência de Campos de Concentração para Homossexuais na Tchetchénia, Rússia. De pouco importou se os campos de concentração de facto existiam. O PCP absteve-se num voto baseado apenas numa reportagem, sem testemunhos, sem confirmação absolutamente nenhuma. Mas o facebook é tramado, as redes sociais não perdoam, e portanto, ao PCP, na cabeça dos senhores Louçãs deste mundo, mais não podia fazer senão votar a favor. Uma vez mais, ao BE tanto importou se o campo de concentração existia ou não (não existia nenhum campo de concentração), o que importava era encostar o PCP a uma posição homofóbica que o BE construiu com a ajuda sempre pronta dos jornais e comentadores de serviço. Ora, para que não nos esqueçamos, o PCP fez nessa altura uma declaração de voto a associar-se à condenação de toda e qualquer espécie de perseguição a homossexuais, demarcando-se contudo do termo “campo de concentração” por não haver qualquer indício de que o Estado, na Tchetchénia estivesse a promover um programa de extermínio físico de homossexuais, que é o que “campo de concentração” representa. Se havia perseguições e torturas, praticadas por milícias ou forças policiais, isso devia ser condenado, mas isso não podia justificar que a Assembleia da República condenasse uma coisa que não existe.

Para o BE e para a comunicação social, a questão deixou de ser se o campo de concentração existe ou não, passou a ser o voto do PCP, a abstenção inaceitável do PCP num voto contra campos de concentração de homossexuais. Que importa se existem?

Esta é uma táctica habitual do BE. Sabendo que conta com o escudo da comunicação social, todas as guerras que compre com o PCP são à partida travadas em contexto de vantagem. O oposto é verdade para o PCP. O PCP sabe que todas as guerras que comprar com o BE serão travadas num contexto de desvantagem. A hegemonia cultural e a opinião dominante são tramadas e nenhuma delas é benevolente para com esse corpo estranho ao regime burguês que é o pensamento materialista, o pensamento dos comunistas.

Essa táctica do BE, intrinsecamente trotskyista, tem um ideólogo: Louçã. O mesmo que ontem mesmo colocou no seu facebook um documento falso sobre um suposto suborno do Governo Angolano a estudantes para que votassem no candidato do MPLA. Parece que o estou a ver todo contente a receber a falsificação de uma fonte qualquer e assanhado para espetar na sua página de facebook mais uma inequívoca prova de que Angola é uma ditadura e que o raio dos pretos vivem num regime corrupto que precisava de umas liçõezinhas da democracia ocidental. Quem sabe até um branco europeu tipo Luaty Beirão, com financiamento Soros, para pôr aquilo na linha?

Louçã não confirmou a veracidade do documento mas isso não demorou até que se tornasse evidente. O “documento” que Louçã anunciou como a prova irrefutável da inexistência de democracia em Angola não passava de uma má falsificação. Que Louçã use uma coisa destas não me admira. E a sorte é que estamos em Agosto, caso contrário, certamente o Dr, Conselheiro de Estado, vendedor de opiniões mastigadas, digníssimo senador da República, teria enviado uma cópia do “documento” para que o seu Grupo Parlamentar apresentasse o devido voto de condenação pelo suborno de estudantes em Angola. Que importa se o documento é falso? Absolutamente nada. Vejamos: a única notícia online que se encontra sobre o post do facebook de Louçã é do jornal Sol, que a divulga como uma acusação, sem dizer em nenhum momento que é baseada em documentos falsificados. Ou seja, Louçã pode dizer o que bem lhe apetecer, porque ninguém lhe cobra absolutamente nada.

Quem cobra ao BE os votos a favor das intervenções na Líbia, a passividade e cumplicidade com o imperialismo no ataque à Síria? Quem cobra ao BE o seu alinhamento com o imperialismo norte-americano e o ataque à revolução bolivariana? Quem cobra ao BE a sua hesitação em escolher um lado na luta pelo poder no Brasil? O BE está sempre a ver para que lado é mais fácil virar-se, em função da hegemonia, da opinião dominante do momento e não em função de pensamento próprio ou princípios. “Princípios” e “trotskyismo” na mesma frase é, por si só, um exercício de imaginação que só podia ser vencido por um documento falsificado. E mesmo nesse caso, eu duvidaria do emitente.

Não se trata de atacar Louçã, como ele não hesita em fazer a qualquer comunista, nem tampouco atacar o BE, porque sabemos que nos está vedado à partida esse direito sob pena de sermos imediatamente rotulados de sectários. Trata-se apenas de expor o carácter de quem mais não vê senão a sua ideia e que para a difundir está disposto a usar a mentira e a falsificação e de denunciar o branqueamento e a benevolência que a comunicação social tem para com os seus filhos.

* Deputado

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Trump: Laicidade e Terrorismo no Mundo Islâmico

 

Um vento de laicismo sopra sobre o mundo muçulmano

O discurso de Donald Trump em Riade suscitou uma vaga de tomadas de posição contra o terrorismo e contra o islão político. O mundo árabe expressa a sua sede de laicidade no exacto momento em que esta é deformada na Europa e utilizada contra as religiões. Face a este sopro de liberdade, os Britânicos organizam o campo do islão político à volta do Catar, do Irão, da Turquia e dos Irmãos Muçulmanos.

 | DAMASCO (SÍRIA) | 13 DE JUNHO DE 2017 

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Sayyid Qutb (1906-1966), o pensador do islamismo político

Durante a colonização, e toda a Guerra Fria, as potências imperialistas utilizaram as religiões para abafar qualquer contestação ao seu domínio. Assim, a França, que adoptou em 1905 uma importante lei sobre o laicismo das sua instituições, decidiu de imediato não a aplicar nos territórios colonizados.

Sabe-se, hoje em dia, que as “Primaveras Árabes” eram uma iniciativa britânica destinada a colocar os Irmãos Muçulmanos no Poder e, assim, fortalecer a dominação anglo-saxónica sobre o «Médio-Oriente Alargado».

Desde há 16 anos, os Ocidentais acusam precisamente os muçulmanos de não limpar os seus países e tolerar aí os terroristas. No entanto, é agora evidente que estes terroristas são apoiados por esses mesmos Ocidentais com o fim de escravizar os muçulmanos por meio do «islão político». Londres, Washington e Paris só se inquietam com o terrorismo quando ele transborda para lá do «Médio-Oriente Alargado», e eles jamais criticam o «islão político», pelo menos no que toca aos sunitas.

Ao pronunciar o seu discurso em Riade, a 21 de Maio de 2017, o Presidente Trump significava pôr um termo ao terrorismo que consome a região e se estende agora ao Ocidente. As palavras que ele pronunciou tiveram o efeito de um electrochoque. A sua alocução foi interpretada como uma autorização para acabar com este sistema.

Aquilo que pareceu impensável durante os últimos séculos, de repente, cristalizou-se. Aceitando cessar todo e qualquer contacto com os Irmãos Muçulmanos, a Arábia Saudita atirou-se aqueles que prosseguem a colaboração com os Britânicos, e particularmente contra o Catar. Riade deu o sinal de uma tormenta que carrega com ela muitas frustrações. Por espírito de vingança beduíno, as relações diplomáticas foram interrompidas, e um bloqueio económico foi montado contra a população catariana; enquanto nos Emirados foi instituída uma sentença de 15 anos de prisão para todo aquele que mostre a mínima compaixão para com o povo do Catar, enxovalhado.

Um gigantesco deslocamento de forças e de alianças começou. Se esta tendência se mantiver, a região irá organizar-se em torno de uma nova clivagem. A questão da luta contra o imperialismo vai apagar-se para dar lugar à da luta contra o clericalismo.

Os Europeus viveram esta clivagem durante quatrocentos anos, do século XVI ao século XIX, mas não os Norte-Americanos porque o seu país foi fundado pela seita dos Puritanos que fugiam a esta clivagem. A luta contra o cristianismo político foi, antes de mais, um combate contra a pretensão do clero da Igreja Católica de dirigir os seus fiéis até mesmo dentro do quarto de dormir. Ela só terminou quando Paulo VI, o qual largou a tiara papal. Esta tríplice coroa era suposta simbolizar que o Papa estava acima de reis e de imperadores.

Tal como o Cristianismo original que não tinha sacerdotes (estes só apareceram no IIIº século), o Islão original e o Sunismo actual também não. Apenas o Xiismo se estruturou como o Catolicismo e a ortodoxia. De facto, hoje em dia o islão político é incarnado pelos Irmãos Muçulmanos e pelo governo do Xeque Rohani (o título de xeque indica que o Presidente Rohani é membro do clero xiita).

Actualmente uma aliança clerical está em vias de formação com a ajuda do Reino Unido. Poderia ser um bloco incluindo o Irão, o Catar, a Turquia, Idlib no Noroeste da Síria, e Gaza. Este conjunto iria tornar-se o protector dos Irmãos Muçulmanos e, por conseguinte, o defensor da utilização do terrorismo.

Em duas semanas a imprensa árabe, que até aqui considerava favoravelmente os Irmãos Muçulmanos como uma poderosa organização secreta e o jiadismo como uma motivação legítima, de repente virou. Por todo o lado, todos apresentam a sua denúncia contra a pretensão dos Irmãos Muçulmanos a reger a vida das pessoas, e a loucura cruel do jiadismo.

Esta maré de comentários, os séculos de frustrações que elas exprimem, a sua violência, tornam qualquer regresso atrás impossível; o que não significa que a aliança Irão-Catar-Turquia-Hamas chegue até ao fim do percurso. Esta vaga revolucionária ocorre em pleno mês do Ramadão. As reuniões entre amigos, e família, que deveriam ser celebrações consensuais transformam-se, por vezes, em contestação daquilo parecia ser até aí as bases do Islão.

No caso de a clivagem a favor ou contra o clericalismo prosseguir, iremos assistir a uma recomposição geral da paisagem política. Por exemplo, os Guardas da Revolução, que se formaram para lutar contra o imperialismo anglo-saxónico, acumularam ressentimento contra o clero iraniano.

Muitos lembram-se que durante a guerra imposta pelo Iraque, os mulás e aiatolas se desenrascavam para esconder os seus filhos enquanto os Guardiões morriam no campo de batalha. Mas, enfraquecidos durante o primeiro mandato de Rohani, é pouco provável que eles ousem levantar-se contra o poder civil-religioso. Pelo contrário o Hezbolla libanês é dirigido por Sayyed Hassan Nasrallah (aqui o título de Sayyed indica que ele é descendente directo do profeta Maomé), uma personalidade que promove a separação entre a esfera pública e a esfera privada. Muito embora desempenhando uma função religiosa e uma outra política, ele sempre se opôs a misturar as duas, aceitando sempre o princípio platónico de Velayat-e Faqih (quer dizer do governo por um sábio). É, portanto, pouco provável que o Hezbolla vá seguir o governo Rohani.

Enquanto isso, toda a região se agita : na Líbia, os Irmãos Muçulmanos deixaram Trípoli deixando uma milícia libertar(liberar-br) Saif al-Islam Kadhafi e o General Haftar alargar a sua influência. No Egipto, o General-Presidente al-Sissi encomendou aos seus homólogos do Golfo uma lista de terroristas. Na Palestina, a direcção política do Hamas refugiou-se no Irão. Na Síria, os jiadistas pararam de combater contra a República e aguardam ordens. No Iraque, o exército redobra os esforços contra os Irmãos Muçulmanos e a Ordem dos Naqchbandis. Na Arábia Saudita, a Liga Islâmica Mundial excluiu do seu Conselho de administração o pregador vedeta dos Irmãos e o propagandista das Primaveras Árabes, o Xeque Qaradawi. Enquanto a Turquia e o Paquistão iniciaram o envio de dezenas de milhar de soldados em direcção ao Catar; o qual já só consegue alimentar-se com a ajuda do Irão.

Um nova era parece levantar-se sobre a região.

Tradução
Alva

Oliver Stone, Sócrates e Putin – por John Wight e RT

 

Stone’s ‘Putin Interviews’ offend a US establishment drunk on its own exceptionalism

John Wight

 

John Wight has written for newspapers and websites across the world, including the Independent, Morning Star, Huffington Post, Counterpunch, London Progressive Journal, and Foreign Policy Journal. He is also a regular commentator on RT and BBC Radio. John is currently working on a book exploring the role of the West in the Arab Spring. You can follow him on Twitter @JohnWight1

Indeed, surely such an insight is absolutely necessary, what with Russia being the biggest country in Europe, a major nuclear power, and with the deepening tensions arising from Russia’s geostrategic differences and rivalry with Washington in recent years.

Yet for the Western liberal commentariat, condemnation rather than understanding is the order of the day, evidenced in the barrage of criticism with which Stone’s documentary series on the Russian leader has been received in the Western mainstream.

The interview the filmmaker did with liberal US talk show host Stephen Colbert on his project is a prime example.

 

 

Colbert’s line of questioning amounted to a regurgitation of the very caricature that Stone had set out to move beyond in over 20 hours of interviews on an abundance of topics with Putin – his upbringing, family history, career, thoughts on leadership, the challenges Russia faced during the dark days of the 1990s, his relations with various US presidents, NATO, and so on.

Yet for the likes of Mr. Colbert it’s much easier to go with the official narrative, contained in his first question of the interview: “What do you say to people who say that yours [Oliver Stone’s] is a fawning interview of a brutal dictator?” Not only the question, but also the casual and insouciant way in which it was delivered, confirmed the dumbing-down of news information, analysis and commentary that has been underway in the United States over decades.

The result is a culture so intellectually shallow it is frightening to behold, one in which ignorance is celebrated rather than scorned, in which national exceptionalism and arrogance is exalted rather than rejected. And woe betide anyone, such as Oliver Stone, who dares try to penetrate this fog of ignorance and sense of exceptionalism that has so corroded US cultural values.

Listening to Colbert’s studio audience laugh at Stone in response to his statement that Putin had been unfairly treated and abused by the US media, I was minded of the treatment meted out to the ancient Greek philosopher Socrates. Such a comparison is not as outlandish as some may think on first impressions.

Think about it: for daring to question the prevailing orthodoxy, received truths, and dominant ideas the philosopher was lampooned, ridiculed and ultimately condemned to death by the powers that be in Athens, considered at the time to be the home of democracy and liberty, just as Washington is – or to be more accurate claims that it is – in our time.

Interestingly, the clamor to condemn Socrates took place when tensions between Athens and its Greek city-state rival and adversary, Sparta, were still high just a few years after the end of the Peloponnesian War (431-404 BC).

As everybody knows, in times of war – whether cold or hot – a nation’s tolerance for dissent, for daring to swim against the cultural tide, evaporates, even though it is precisely at such times when dissent is most necessary. After all, in the case of the rising tensions that we have witnessed between Russia and the US recently, it is not people like Stephen Colbert who will be sent into combat should those tensions spill over into direct military conflict.

With this in mind, perhaps it would have been more to the talk show host’s benefit to have listened carefully to a man, in Oliver Stone, who has experienced combat, and who does have first-hand experience of a devastating war unleashed in the cause of the very national exceptionalism previously described.

As a filmmaker, Oliver Stone’s body of work, reaching all the way back to the 1980s, is a testament to his integrity both as an artist and as a human being. From ‘Salvador’ in 1986, an unflinching expose of covert US support for right-wing death squads in El Salvador, all the way up to his latest movie ‘Snowden’ in 2016, which tells the story of US intelligence whistleblower Edward Snowden, this is a filmmaker with a fierce passion for truth. As such, it is a fair bet that in generations to come his works will still command respect and serious analysis. Could we say the same about Stephen Colbert’s body of work?

To ask the question is to answer it.

Carthago delenda est’ – Carthage must be destroyed. These words of Cato the Elder, which the Roman statesman and orator is said to have repeated at the conclusion of every one of his speeches, is the sentiment behind the campaign of demonization against Vladimir Putin that is a feature of Western cultural life.

It has become so pervasive and obsessive you would think that it was the Russian leader who had the destruction of entire countries on his record and conscience – i.e. Afghanistan, Yugoslavia, Iraq and Libya – and that it was his foreign policy that had killed more people and sown more chaos than at any time since World War II.

Oliver Stone is to be commended for trying to wake America up to the damage it does and has done around the world over many decades. Those who would attack and laugh at him for doing so merely confirm the degeneration of a culture built on foundations not of wisdom, but of crass ignorance”.

The statements, views and opinions expressed in this column are solely those of the author and do not necessarily represent those of RT.

Vladimir Putin e Hegel

Ninguém é perfeito: muito menos os grandes homens. Ninguém é mais complexo do que os grandes personagens da História – e Putin vai ficar na História como um dos maiores políticos do século XXI, ao ter, com a sua grande inteligência, força de vontade, coragem e capacidade de liderança, reerguido a Rússia do estado deplorável com que foi deixada por Gorbachev e por Ieltsin. A grandeza de um gigante mede-se pelo ódio que os seus adversários lhe têm. Hegel escreveu: “Ninguém é um herói para o seu criado de quarto, não porque ele não seja um herói mas porque um criado de quarto é um criado de quarto” (Lições sobre a Filosofia da História, ed. do Jubileu).

Venezuela, entre o chavismo (Socialismo do Século XXI, ou seja, Sem Estatização dos Meios de Produção) e a restauração colonial – por Jorge Beinstein

“A crise venezuelana aprofunda-se. O governo respondeu ao assédio da direita e dos EUA lançando a iniciativa da Assembleia Constituinte. A sua intenção foi produzir uma mudança radical de cenário, convertendo os seus atacantes da direita em assediados golpistas por uma provável avalanche popular mobilizada para um novo modelo institucional, fundada no poder comunal, expressão directa das maiorias populares. As redes sociais e um número crescente de autores referem-se à perspectiva de uma “guerra civil”.

A oposição de direita aparece girando em torno de dois pólos, um extremista, que alguns descrevem como “uribista” (de Uribe ex-presidente colombiano), imerso num raivoso neofascismo, que postula o derrube urgente do governo e a instalação de um regime de terror anti-chavista e outra mais moderada – que pressiona para a realização de um tipo de golpe suave ou até mesmo a antecipação das eleições presidenciais em que supõe sair vitoriosa. A perspectiva de um levantamento armado imediatamente assistido por uma intervenção externa, colombiana ou multinacional, pilotada por Washington, é vista cada vez mais por todos eles como altamente provável (e desejável embora ainda nem sempre confessado).

Por seu lado, o governo procura ganhar tempo, procura meter umas rasteiras à direita, como a de convocar a Assembleia Constituinte, pretende dividi-la estabelecendo pontes de negociação com a suposta oposição civilizada. O seu objectivo publicitado diariamente é a “paz”. Alguns supõem que é uma estratégia hábil que deveria reduzir o espaço social da direita empurrando os seus sectores “moderados” para negociação, e estabelecer áreas de convergência com o chavismo. Mas no chavismo aparecem vozes críticas, ressaltando que este pensamento de pacifismo a todo o transe anula as perspectivas revolucionárias bolivarianas, enterra as bandeiras do socialismo do século XXI e na realidade expressa a vontade da “boli-burguesía”, uma burguesia arrivista que se desenvolveu nos últimos anos à sombra dos negócios com o Estado e mais em geral com a direita chavista tentando estabelecer uma espécie de acordo conservador, pacto de unidade nacional onde navegariam triunfantes os expoentes da velha e da nova burguesia.

Carlos Morreo, por exemplo, estabelece a diferença entre o ” ;chavismo governamental” ; e “o chavismo amplo” [1] que outros identificam como o “povo chavista” animado pelas façanhas de seu líder histórico, transcendendo as jogadas tácticas deste ou daquele dirigente. Reinaldo Iturriza Lopez, que foi até há pouco ministro do Poder Popular para as Comunas e, mais recentemente, ministro da Cultura afirmou que “chavismo é, para dizer como John William Cooke, “o empreendimento maldito da política burguesa de um país”. Cooke referia-se, claro, ao peronismo, num texto de 1967, mas a sua frase aplica-se ao caso venezuelano.

O chavismo é, desde a sua criação, um fenómeno “maldito” para a burguesia, porque aquilo que lhe dá coesão não é sua capacidade de aglutinar o descontentamento, mas seu forte antagonismo contra o status quo. Antagonismo que adquiriu aspectos anti-capitalistas com o passar dos anos e no calor da luta como assumiram de viva voz tanto Chávez como as suas linhas de forças mais avançadas [2] .

Encontramo-nos então perante o inevitável confronto entre uma direita contra-revolucionária, firmada ideologicamente no capitalismo e no elitismo colonial e o povo chavista transbordando, com apenas a sua presença, os limites do sistema. Neste caso, paz é uma quimera porque são duas forças históricas avançando em sentidos opostos. Dia a dia a avalanche de acontecimentos, caos económico, incessante bombardeio mediático global sobre a Venezuela, dificultam olhar a realidade para além da desordem quotidiana. 

Petróleo e geopolítica 

A Venezuela tem a maior reserva mundial de petróleo (cerca de 300 mil milhões de barris de crude, de acordo com as estimativas mais recentes), quase um quinto do total mundial, superando a Arábia Saudita (cerca de 265 mil milhões de barris). Em 2003 quase 70% das exportações de petróleo venezuelano foram para os Estados Unidos mas em 2016 tinham caído para 20%, em alternativa 40% vai para a China e 20% para a Índia.

Esta orientação asiática (principalmente chinesa) da maior reserva de petróleo do mundo, longe da velha dependência do mercado imperial, constitui um casus belli de primeira ordem na estratégia dos Estados Unidos, a perda da Venezuela agora associada à China aparece como uma situação intolerável. Mais ainda quando as ilusões americanas sobre a sua produção de xisto betuminoso arrefeceram de acordo com a previsão oficial dada pela Energy Information Administration: no ano 2021 iria atingir-se o nível mais alto deste tipo de produção e a partir daí começaria a declinar. [3]

As reservas petrolíferas do império esgotam-se e também a paciência de Washington, o império está a perder a sua grande guerra asiática e com isso a sua ilusão de controlar a maior parte das reservas de gás e petróleo do planeta. Consequentemente, a reconquista da Venezuela passa a estar no primeiro nível de suas prioridades. Além disso, este projecto faz parte da estratégia de recolonização da América Latina, retaguarda histórica do império a que a derrota na Ásia atribui excepcional importância.

Mas a recolonização da Venezuela não é uma tarefa fácil, não se pode lá realizar um golpe suave, nas suas diversas formas, como aconteceu nas Honduras, Paraguai, Brasil ou Argentina, principalmente porque não só existe uma força militar convencional fortemente influenciada pelo chavismo, mas também milícias populares e todo o apoio de uma alta capacidade de mobilização de milhões de chavistas.

A intervenção das forças militares colombianas sempre foi uma alternativa, mas era difícil quando na retaguarda destas forças apareciam as FARC e seus milhares de guerrilheiros. Uma complexa estratégia de desarmamento dos rebeldes foi desenvolvida de maneira paciente e sistemática, pressionando os governos de Cuba, Venezuela e vários Estados progressistas da região que mediaram as negociações de paz, combinando ofertas atractivas, golpes baixos e um amplo espectro de acções directas e indirectas sobre as FARC, desenvolvendo uma Guerra de Quarta Geração de alto nível de sofisticação.

O resultado foi positivo para Washington, as FARC concordaram em desarmar e a retaguarda estratégica dos militares e paramilitares colombianos estava livre de perigos. Agora o que é considerado como o melhor aparelho militar da região tem as mãos livres para cumprir as ordens do seu amo imperial e colocá-las no pescoço bolivariano. [4]

Sem excluir a intervenção militar, por agora, os Estados Unidos desenvolvem uma estratégia de desgaste: sabotagem económica, guerra das ruas, ofensivas mediáticas, diplomacia de cerco, jogo de negociações e outras acções destinadas a isolar, degradar e dividir o inimigo chavista. Nos cálculos dos estrategas Imperiais é certamente o cenário do salto qualitativo passando do desgaste para uma insurreição político-militar fase convergente com a intervenção externa.

Esperanças e frustrações 

De acordo com dados do Banco Mundial, em 1960, 61% da população venezuelana era urbana, em 1980 chegou a 79% em 2000 passou para 88% e em 2015 quase para 90%. Uma crescente massa populacional passou a estar nas grandes cidades, principalmente em Caracas, não como resultado da industrialização, mas da reprodução alargada de parasitismo. Destruição social levada a cabo por uma burguesia importadora e financeira dona do Estado que desde 1976, com a nacionalização da produção de petróleo, se apropriava das divisas geradas pelas exportações (em mais de 90% resultado de vendas de petróleo bruto e seus derivados), herdando, remodelado, o velho sistema dominante baseado nas exportações de couro, cacau e café, garantindo a continuidade do subdesenvolvimento.

A economia de renda (petrolífera) bloqueou as possibilidades de desenvolvimento industrial e destruiu o tecido agrário, as vítimas do desastre passaram a engrossar as fileiras dos marginais. O modelo explodiu com o Caracazo (1989) [NR] e a vaga popular abriu o caminho da Revolução Bolivariana, Chavez era o seu líder. Este despertar das massas submersas moveu-se até à formulação de um horizonte pós-capitalista: o socialismo do século XXI. Mas o que aconteceu foi uma sucessão de obstáculos, dificuldades e deficiências que foram estabelecendo uma distância crescente entre os objectivos socialistas proclamados e a capacidade de reprodução, embora isto fosse degradado pelo país burguês que se pretendia superar.

A burguesia comercial-financeira foi pressionada, às vezes golpeada, maltratada, mas não eliminada. Não só não foi superado o capitalismo como o seu funcionamento se tornou caótico, não tendo sido substituído pela estatização socialista (que o ” ;socialismo do século XXI” ; chavista queria superar) nem pelo “socialismo, comunal” proposto produto da auto-organização das bases populares. No meio desta confusão, reproduziu-se a partir do Estado uma elite emergente parasitária com fachada de bolivariana e práticas corruptas: a boli-burguesía. O velho sistema decadente não só sobreviveu aos seus antigos crápulas mas gerou novos homens de negócios turvos.

Fica assim colocada a tragédia com final em aberto, os seus atores estão à vista. A velha burguesia parasitária arrastando um vasto conjunto social multiforme onde as camadas médias têm um papel essencial, não têm um programa definido, apenas a fúria anti-chavista os reúne. Frente a ela um vasto espaço chavista agrupando civis e militares, boli-burgueses e massas populares radicalizadas, conciliadores com a direita e revolucionários. Espaço heterogéneo, que oscila entre a rendição honrosa e o salto para o pós-capitalismo. Enquanto isso, o império vai medindo forças, ajustando os dispositivos de intervenção, sabe que mesmo afastando o governo chavista nada lhe assegura o controlo do país e em consequência o seu petróleo”.

Notas
[1] Carlos E. Morreo, “La constituyente es una decisión estratégica”, Aporrea, 06/05/2017, www.aporrea.org/actualidad/a245486.html
[2] Reinaldo Iturriza Lopez, “Chavismo y revolución¿que pasa en Venezuela”, Rebelión, 31/08/2016, www.rebelion.org/noticia.php?id=2161151
[3] US Energy Information Administration, AEO 2014, Early Release Overview.
[4] É muito esclarecedor o recente artigo de Tony Lopez Rodrigues destacado membro da diplomacia cubana: “El gobierno de Colombia ante la crisis interna venezolana”, 24.-04- 2017, PIA – Periodismo Internacional Alternativo – Nac&Pop, nacionalypopular.com/…

[NR] Revolta popular em Caracas duramente reprimida pelo governo do social-democrata Carlos Andrés Perez com uma matança de mais de 3000 cidadãos.